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		<title>Solène, de François Dominique &#8211; Expérience de la catastrophe</title>
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		<pubDate>Fri, 24 Feb 2012 04:53:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>hermitecritique</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Une fois n&#8217;est pas coutume, cet article commencera par une affirmation totalement subjective, là où le critique (si tant est que je puisse m&#8217;octroyer ce nom) est traditionnellement censé s&#8217;effacer. Pour une fois, je n&#8217;ai pas envie de m&#8217;effacer pour dire que j&#8217;aimerais que tout le monde lise Solène, de François Dominique. Solène est un&#160;&#8230; <a href="http://hermitecritique.wordpress.com/2012/02/24/solene-de-francois-dominique-experience-de-la-catastrophe/">Lire&#160;la&#160;suite</a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=hermitecritique.wordpress.com&amp;blog=30487046&amp;post=300&amp;subd=hermitecritique&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><strong>Une fois n&#8217;est pas coutume</strong>, cet article commencera par une affirmation totalement subjective, là où le critique (si tant est que je<a href="http://hermitecritique.files.wordpress.com/2012/02/solc3a8ne-franc3a7ois-dominique.gif"><img class="alignright size-medium wp-image-301" title="Solène François Dominique" src="http://hermitecritique.files.wordpress.com/2012/02/solc3a8ne-franc3a7ois-dominique.gif?w=190&#038;h=300" alt="" width="190" height="300" /></a> puisse m&#8217;octroyer ce nom) est traditionnellement censé s&#8217;effacer. Pour une fois, je n&#8217;ai pas envie de m&#8217;effacer pour dire que <strong>j&#8217;aimerais que tout le monde lise <em>Solène</em>, de François Dominique</strong>. <em>Solène</em> est un roman qui a été publié à l&#8217;automne dernier par les excellentes (il faut le rappeler, véritablement excellentes, j&#8217;y reviendrai plus tard) éditions Verdier. Il s&#8217;est vu décerner la mention spéciale du prix Wepler (obtenu cette année par Éric Laurrent, ce qui confirme la haute tenue et la haute exigence de ce prix littéraire).</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Les personnages de ce roman de François Dominique</strong> sont les membres d&#8217;une famille vivant dans le domaine des Lisières. Ils évoluent dans une France dont on comprend très vite qu&#8217;elle a été ravagée par une catastrophe, et que la catastrophe se prolonge pour les précaires survivants, qui luttent contre un étrange mal, l&#8217;ombre, et contre des rôdeurs qu&#8217;on ne voit jamais mais dont la présence en creux dans les discours des personnages, est palpable. Le texte est composé de la voix du personnage éponyme, Solène, qui s&#8217;adresse directement au lecteur que nous sommes à travers le temps et l&#8217;espace : nous sommes placés comme des spectateurs de sa conscience, une conscience lointaine et comme ancienne, et nous suivons la façon dont la famille survit face aux événements.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Il y aurait beaucoup à dire</strong> sur une tendance importante de la littérature française actuelle (mais aussi internationale) qui consiste à évoquer des mondes ravagés, en proie au désastre. Cette littérature de paysages dévastés est présente actuellement dans les oeuvres de nombreux écrivains, tels que Volodine-Bassman (Bassman qui est également publié par Verdier), dans les dernier romans de Xabi Molia (<em>Avant de disparaître</em>, publié au Seuil en septembre dernier) et de Julien Péluchon (<em>Pop et Kok</em>, publié aussi au Seuil dernièrement), ou même dans <em>La Route</em>, de Cormac McCarthy, dont le succès est maintenant légendaire. Bien sûr, toutes ces figurations d&#8217;un monde éteint ont des visées différentes : chez Volodine, la fin du monde est concomitante de la mort du rêve révolutionnaire et d&#8217;une sorte de stase temporelle, chez Xabi Molia, elle est l&#8217;occasion d&#8217;une réflexion allégorique sur le temps présent, dans la veine d&#8217;un Camus avec <em>La Peste</em>, chez McCarthy, elle sert l&#8217;évocation d&#8217;un monde d&#8217;où Dieu s&#8217;est retiré, etc.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Le projet de François Dominique est lui aussi singulier</strong>, car il se sert de certaines de ces thématiques balisées du roman d&#8217;anticipation pour les amener autre part, vers une réflexion d&#8217;ordre métaphysique et vers une écriture faite de contrastes, en s&#8217;interrogeant sur la nature de la parole et des sens.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>La première réussite de ce livre</strong> est d&#8217;exprimer le désastre à travers le quotidien de cette famille. On suit la vie des membres de la famille par une écriture lente et précise, qui s&#8217;adapte au rythme des jours et des tâches quotidiennes : jardin, jeux, cuisine, etc. Ce procédé a le mérite de dessiner le désastre en creux, de ne pas le faire de manière appuyée mais bien plutôt de l&#8217;évoquer de biais, en le définissant en quelque sorte comme l&#8217;envers des scènes présentées dans le roman. Le lecteur et les personnages connaissent la menace, savent la présence d&#8217;un danger, mais on se concentre davantage sur la vie réelle et présente : c&#8217;est cette grande subtilité dans l&#8217;écriture et dans la construction du roman, cette intelligence, qui donnent une force d&#8217;incarnation parfaite à son intrigue. C&#8217;est de cette construction-là et de ce parti-pris que naît une écriture fondée sur le contraste, car la beauté de certaines scènes se voit renforcée par l&#8217;imminence de la mort ou de la maladie : aussi les scènes quotidiennes ou les descriptions du jardin en deviennent-elles plus belles, comme les images d&#8217;un monde en suspens, prêt à dépérir. Je pense, en écrivant cette critique, à un titre de Kawabata : <em>La beauté, tôt vouée à se défaire</em>. C&#8217;est exactement comme ça que je l&#8217;ai perçu. L&#8217;évocation de la nature, notamment du jardin, acquiert une présence sensuelle : &#8220;Et quand il fait beau, que le soleil luit, la lumière me réjouit et j&#8217;attends ce bonheur chaque jour, tôt le matin, et encore demain, demain et demain&#8230; J&#8217;adore me lever à l&#8217;aube ; tout le monde dort aux Lisières, les oiseaux s&#8217;éveillent, je guette avec mes yeux de chouette les moindres détails. L&#8217;herbe du grand pré est couverte de rosée.&#8221; (p. 22) Et la nature est le lieu d&#8217;un émerveillement : &#8220;je suis transportée par un sentiment de bonheur qui  efface la tristesse du monde.&#8221; (p. 23)</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Car le roman est aussi une réflexion métaphysique sur le sens du temps</strong>. On ne cesse, dans ce roman, de parler du temps, dont on évoque le passage, l&#8217;impossibilité de le mesure, le sentiment du temps et la façon qu&#8217;il a de séparer les êtres. La nature est la façon qu&#8217;a le personnage de Solène de faire l&#8217;expérience, en somme, d&#8217;un temps absolu, d&#8217;un temps qui n&#8217;est plus processus mais état. À partir d&#8217;une situation qui ressort de l&#8217;héritage de la science-fiction ou de l&#8217;anticipation, François Dominique parvient à orienter son intrigue sur les voies d&#8217;une réflexion subtile sur la temporalité, la solitude, ou, et c&#8217;est peut-être le point le plus important, le langage, la langue.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Il y a des pages réellement sublimes sur les mots et sur la langue</strong> : le personnage, décrit comme une petite fille &#8220;pleine de mots&#8221; est capable d&#8217;entendre les pensées des autres personnes. La langue devient dès lors une sorte de matière, réelle matière verbale en suspension, de véritables &#8220;paroles flottantes&#8221;. Il y a une réelle émotion pour le lecteur à avoir l&#8217;impression d&#8217;entendre des paroles venues d&#8217;un lieu indistinct, d&#8217;un temps sans nom. La parole est ambiguë, à la fois nécessité et menace. Il y a de très belles pages sur la nécessité de donner des noms aux choses, au monde extérieur : des séances de jeu ou les enfants doivent nommer le cri des oiseaux. Comme si la parole était une exigence, une question de survie. Mais, paradoxalement, elle est aussi insuffisance, voire menace : des déclaration de Solène (&#8220;il faut changer tous les mots&#8221;) à la présence de mots &#8220;crevores&#8221; véritables forces de désintégration du monde, s&#8217;élabore conjointement le rêve d&#8217;un langage silencieux à même de signifier l&#8217;émotion pure, l&#8217;expérience pure. La réussite du roman est d&#8217;avoir réussi à montrer toute l&#8217;ambiguïté du statut de la parole, sans privilégier l&#8217;un ou l&#8217;autre aspect outre mesure.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Cette destruction possible du monde et des choses</strong>, cette maladie de l&#8217;ombre qui fait se dégrader automatiquement les paysages et les êtres, peut être une métaphore du passage du temps, le temps qui fait tout disparaître, irrémédiablement, ou alors une métaphore de ce que devient la vie sans sensations, sans conscience des sens : une pétrification, une mort par assèchement. C&#8217;est aussi comme ça qu&#8217;on peut entendre ce roman, comme une ode aux sens et à la vie, comme le rêve d&#8217;une expression pure du rapport au monde. Un rêve trouble et ambigu, puisque ce que semble nous dire le texte, dans les magnifiques dernières pages, est qu&#8217;un rapport possible au monde, est de n&#8217;avoir plus de corps, uniquement une voix. Tragique certes, désespéré, mais désespéré et beau, car c&#8217;est une voix qui chante.</p>
<p style="text-align:justify;">
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		<title>Panthéon littéraire personnel du vingtième siècle (5)</title>
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		<pubDate>Wed, 22 Feb 2012 07:07:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>hermitecritique</dc:creator>
				<category><![CDATA[Panthéon Littéraire personnel du vingtième siècle]]></category>
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		<description><![CDATA[J&#8217;aurais pu mettre n&#8217;importe quel livre de Faulkner, de Absalon Absalon à Lumières d&#8217;août, mais j&#8217;ai curieusement choisi une nouvelle, une simple et toute petite nouvelle, Une Rose pour Emily. Je n&#8217;ai pas plus de choses à dire dessus : c&#8217;est la perfection absolue de la nouvelle pour moi. Tout y est savamment calculé, construit,&#160;&#8230; <a href="http://hermitecritique.wordpress.com/2012/02/22/pantheon-litteraire-personnel-du-vingtieme-siecle-5/">Lire&#160;la&#160;suite</a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=hermitecritique.wordpress.com&amp;blog=30487046&amp;post=290&amp;subd=hermitecritique&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><a href="http://hermitecritique.files.wordpress.com/2012/02/faulkner-une-rose-pour-emily.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-291" title="Faulkner Une Rose pour Emily" src="http://hermitecritique.files.wordpress.com/2012/02/faulkner-une-rose-pour-emily.jpg?w=640" alt=""   /></a></p>
<p style="text-align:justify;">J&#8217;aurais pu mettre n&#8217;importe quel livre de Faulkner, de <em>Absalon Absalon</em> à <em>Lumières d&#8217;août</em>, mais j&#8217;ai curieusement choisi une nouvelle, une simple et toute petite nouvelle, <em>Une Rose pour Emily</em>. Je n&#8217;ai pas plus de choses à dire dessus : c&#8217;est la perfection absolue de la nouvelle pour moi. Tout y est savamment calculé, construit, tout forme un ensemble fermé. Et le récit est vraiment très émouvant, mais d&#8217;une émotion sèche, pas mélodramatique.</p>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><a href="http://hermitecritique.files.wordpress.com/2012/02/guyotat-tombeau-pour-cinq-cent-mille-soldats.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-292" title="Guyotat Tombeau pour cinq cent mille soldats" src="http://hermitecritique.files.wordpress.com/2012/02/guyotat-tombeau-pour-cinq-cent-mille-soldats.jpg?w=186&#038;h=300" alt="" width="186" height="300" /></a></p>
<p style="text-align:justify;">Encore une fois j&#8217;aurais pu mettre les autres textes de Guyotat, <em>Eden Eden Eden</em> ou bien <em>Prostitution</em>. Mais j&#8217;ai choisi <em>Tombeau pour cinq cent mille soldats</em>, un des ouvrages qui se situent dans la première période, en un sens, de l&#8217;auteur. On peut y trouver tout ce qu&#8217;on cherche dans une grande épopée : le souffle, la beauté tragique et douloureuse des corps et du mal présent en l&#8217;Homme, une écriture précise et affutée comme une lame qui vient vous retourner le coeur. Je répéterais juste que l&#8217;oeuvre de Guyotat est une oeuvre vraiment très, très importante du vingtième siècle.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://hermitecritique.files.wordpress.com/2012/02/kafka-la-colonie-pc3a9nitentiaire.gif"><img class="aligncenter size-medium wp-image-293" title="Kafka la colonie pénitentiaire" src="http://hermitecritique.files.wordpress.com/2012/02/kafka-la-colonie-pc3a9nitentiaire.gif?w=183&#038;h=300" alt="" width="183" height="300" /></a></p>
<p style="text-align:justify;">Je n&#8217;ai pas choisi un des grands textes de Kafka, bien que <em>Le Procès</em> ait été une lecture fondatrice, par exemple. Je leur ai préféré <em>Dans la colonie pénitentiaire</em>, que j&#8217;ai lu quand j&#8217;étais en terminale, parallèlement à ma lecture du <em>Procès</em> qui était alors à mon programme de littérature. Ce qui me frappe toujours dans cette nouvelle quand je la relis, c&#8217;est tout d&#8217;abord la précision machiavélique des détails que donne l&#8217;auteur à propos de la machine, que ce soit dans son évocation, mais surtout dans la manière dont il raconte le rituel de la machine. De plus, j&#8217;aime que l&#8217;esprit de l&#8217;auteur ait réussi à condenser son questionnement sur le rapport à la Loi dans une véritable scène : pour moi, il n&#8217;y a pas d&#8217;autre réussite pour les écrivains que celle de parvenir à forger des scènes signifiantes, fortes, dont le sens affleure, et pas uniquement par son symbolisme. Quelques années plus tard, j&#8217;ai pu voir une adaptation musicale en opéra composée par Philip Glass, ce qui était magnifique et insoutenable à la fois.</p>
<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><a href="http://hermitecritique.files.wordpress.com/2012/02/duras-le-vice-consul.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-294" title="Duras Le Vice consul" src="http://hermitecritique.files.wordpress.com/2012/02/duras-le-vice-consul.jpg?w=195&#038;h=300" alt="" width="195" height="300" /></a></p>
<p style="text-align:justify;">Pour <em>Le Vice-Consul</em>, je me souviens surtout de mon ennui et de mon impossibilité à commencer cette lecture. Le cas Marguerite Duras est assez étrange : elle constitue souvent une entrée dans le &#8220;littéraire&#8221; pour les adolescents (tout comme peut l&#8217;être également Boris Vian, qui ne doit cependant pas être considéré comme un écrivain pour adolescents), mais il y a aussi, souvent, un risque de Duras. Personnellement, j&#8217;ai beaucoup lu Duras vers quinze ans, emballé par <em>Un voyage contre le pacifique</em>, par <em>L&#8217;Amant</em>, par <em>Écrire</em>. Emballé au risque de singer la Pythie. Duras est un auteur qu&#8217;on doit pratiquer, mais peut-être est-il plus nécessaire encore de s&#8217;en défaire. Ce n&#8217;est qu&#8217;une fois défait de Duras, que j&#8217;ai repris <em>Le Vice-Consul</em>, pour m&#8217;émerveiller sur ce livre qui était comme un miracle : la création d&#8217;un personnage qui était une scène à elle toute seule, cette pauvre aux pieds nus. L&#8217;abord difficile de ce roman ne doit pas décourager le lecteur qui y découvrira, avec un peu de ténacité, un texte hypnotique, déchirant, vrai comme un cri lancé dans le matin.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://hermitecritique.files.wordpress.com/2012/02/bernard-noc3abl-le-chc3a2teau-de-cc3a8ne.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-295" title="Bernard Noël Le château de Cène" src="http://hermitecritique.files.wordpress.com/2012/02/bernard-noc3abl-le-chc3a2teau-de-cc3a8ne.jpg?w=197&#038;h=300" alt="" width="197" height="300" /></a></p>
<p style="text-align:justify;"><em>Le Château de Cène</em> est un texte qui explore les confins de la morale et du sexe, et a valu à son auteur, Bernard Noël, un procès pour outrage aux bonnes moeurs. La scène sexuelle (on pourrait même dire la scénographie sexuelle) s&#8217;y voit exaltée jusqu&#8217;à l&#8217;outrance pour atteindre à une dimension cosmique, cette dimension au-delà même du corps et de la jouissance. Ce texte, publié dans la collection L&#8217;Imaginaire, chez Gallimard, est accompagné de textes fondateurs pour moi, &#8220;La Sensure&#8221; par exemple, dans lequel l&#8217;auteur s&#8217;interroge sur la question du Sens face au pouvoir et face à sa propre capacité à dire, écrire.</p>
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<p style="text-align:justify;">
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			<media:title type="html">Faulkner Une Rose pour Emily</media:title>
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			<media:title type="html">Guyotat Tombeau pour cinq cent mille soldats</media:title>
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			<media:title type="html">Kafka la colonie pénitentiaire</media:title>
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			<media:title type="html">Duras Le Vice consul</media:title>
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			<media:title type="html">Bernard Noël Le château de Cène</media:title>
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		<title>De la mode, de Théophile Gautier &#8211; Frous-Frous et crinolines</title>
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		<pubDate>Tue, 21 Feb 2012 14:26:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>hermitecritique</dc:creator>
				<category><![CDATA[Divagations sur les classiques]]></category>
		<category><![CDATA[Théophile Gautier]]></category>
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		<description><![CDATA[Lire sur une liseuse électronique peut vous procurer certains plaisirs de découverte, comme lire, par exemple, les courts textes oubliés de nos grands écrivains, voire lire de grands petits écrivains, ou des petits écrivains oubliés, et parfois peut-être de grands livres faits par de petits écrivains, ou bien même&#8230; (divagation coupée). Ainsi, on peut trouver sur&#160;&#8230; <a href="http://hermitecritique.wordpress.com/2012/02/21/de-la-mode-de-theophile-gautier-frous-frous-et-crinolines/">Lire&#160;la&#160;suite</a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=hermitecritique.wordpress.com&amp;blog=30487046&amp;post=287&amp;subd=hermitecritique&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><strong>Lire sur une liseuse électronique peut vous procurer certains plaisirs de découverte</strong>, comme lire, par exemple, les courts textes oubliés de nos grands écrivains, voire lire de grands petits écrivains, ou des petits écrivains oubliés, et parfois peut-être de grands livres faits par de petits écrivains, ou bien même&#8230; (divagation coupée). Ainsi, on peut trouver sur nombre de sites de téléchargements de livres numériques, le court essai <em>De la mode</em>, de Théophile Gautier.</p>
<p style="text-align:justify;">On retrouve dans cet essai tout ce qui fait l&#8217;époque où Gautier écrit et publie ce texte (1858). Le Second Empire, le dandysme, le style du mauvais garçon un peu tête-à-claques qui s&#8217;exprime par formules, etc. <em>De la mode</em> est à lire comme un document, et permet de faciles rapprochements avec d&#8217;autres textes de l&#8217;époque. L&#8217;objet de ce texte est une réflexion sur l&#8217;art du &#8220;vêtement&#8221; et sur ce que représente le fait de se vêtir à l&#8217;époque de Gautier. Il s&#8217;ouvre sur une interrogation qui ravira les fashionistas : &#8220;Pourquoi l&#8217;art du vêtement est-il abandonné tout entier au caprice des tailleurs et des couturières, dans une civilisation où l&#8217;habit est d&#8217;une grande importance puisque, par suite des idées morales et du climat, le nu n&#8217;y paraît jamais ?&#8221; C&#8217;est à partir de cette question fondamentale que Gautier entame sa réflexion. Il y a des passages très drôles sur le fait que l&#8217;on masque nos corps, si bien que ceux-ci deviennent informes, et incapables de soutenir la comparaison avec la statuaire antique.</p>
<p style="text-align:justify;">L&#8217;Antiquité se présente comme le rêve, la référence de Gautier en ce qui est du vêtement, paradoxalement parce que c&#8217;était l&#8217;époque du nu. Le nu a l&#8217;avantage de montrer le corps ou bien de le souligner par un drapé, ce qui renforce sa forme, au lieu de le masquer et de l&#8217;occulter. Mais, paradoxalement, cet idéal ne fait pas de Gautier un réactionnaire, dans la mesure où il ne se sert pas de cette référence pour jeter le discrédit sur la mode de son époque, bien au contraire. Gautier remet justement en cause les critiques que d&#8217;aucuns, enfermés dans leur référence antique ou ancienne, peuvent formuler à l&#8217;égard des costumes contemporains de l&#8217;auteur  : dans une très belle évocation esthétisante, il montre que la perception de la beauté du vêtement est affaire de regard et de prise de conscience de l&#8217;accord du vêtement à une époque et à ses exigences, et précise ensuite : &#8220;Antinoüs serait ridicule aujourd&#8217;hui.&#8221;</p>
<p style="text-align:justify;">Le propre même de la mode est selon Gautier de se faire oublier : &#8220;il faut qu&#8217;on sente qu&#8217;un homme est bien mis, sans se rappeler plus tard aucun détail de son vêtement. La finesse du drap, la perfection de la coupe, le fini de la façon, et surtout le bien-porté de tout cela constituent la <em>distinction</em>.&#8221; L&#8217;on devrait faire lire ce texte à tous les hipsters et à tous les fashionistas puérils, qui bien souvent confondent distinction et originalité (concept qu&#8217;ils associent d&#8217;ailleurs bien souvent à &#8220;n&#8217;importe quoi pourvu que j&#8217;aie l&#8217;impression d&#8217;avoir quelque chose en plus&#8221;). Comme ceux dont parle Gautier, ils pourraient regretter &#8220;que quelque élégant n&#8217;ait pas le caprice d&#8217;une toque à plume et d&#8217;un manteau écarlate.&#8221; Fin de la parenthèse polémique.</p>
<p style="text-align:justify;">Ce texte contient aussi de splendides évocations féminines, à travers les robes et la crinoline, où l&#8217;écriture de Gautier, qu&#8217;on sait défenseur de l&#8217;art pour l&#8217;art, construit ses images comme on sculpterait une statue, pour parvenir à une perfection formelle inamovible. C&#8217;est d&#8217;ailleurs cette image de la statue qui est centrale dans l&#8217;esthétique de l&#8217;époque. Parlant de la poudre de riz, Gautier dit que les femmes &#8220;font prendre à leur épiderme un mica de marbre&#8221; et dit ensuite &#8220;La forme se rapproche ainsi de la statuaire ; elle se spiritualise et se purifie.&#8221; Le rêve qui est celui de Gautier est en somme un art olympien, apollinien, un art de l&#8217;élévation spirituelle, dont la pureté marmoréenne serait le gage, la manifestation. Nulle étrangeté donc à ce qu&#8217;il ait été le destinataire de la dédicace que Baudelaire fait des <em>Fleurs du Mal, </em>recueil où l&#8217;on trouve &#8220;La Beauté&#8221; qui parle en ces termes : &#8220;Je suis belle, ô mortels, comme un rêve de pierre&#8221; et dont l&#8217;analogie beauté/marbre se poursuit dans le sonnet.</p>
<p style="text-align:justify;">Plus qu&#8217;une méditation sur le vêtement, le texte est également un texte de voeu, un texte d&#8217;appel à l&#8217;art : il se termine en effet sur le voeu qu&#8217;un artiste vienne transformer les scènes contemporaines mondaines en tableaux pour en montrer la beauté. Cela revient à dire que l&#8217;art est ce qui vient légitimer les expressions contemporaines, les nouveautés, qui presque viendrait les sacrer. L&#8217;artiste a, pour Gautier, le but aussi de sacrer ces choses déconsidérées, d&#8217;élargir le domaine de l&#8217;art et de remettre en cause sa fixité, contre tous ceux qui, du fait de leur culture, semblent réduire, restreindre toujours plus son expression.</p>
<p style="text-align:justify;">Une lecture plaisante et instructive sur quelques débats de l&#8217;époque de Gautier.</p>
<p style="text-align:justify;">
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		<title>Panthéon littéraire personnel du vingtième siècle (4)</title>
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		<pubDate>Mon, 20 Feb 2012 18:07:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>hermitecritique</dc:creator>
				<category><![CDATA[Panthéon Littéraire personnel du vingtième siècle]]></category>
		<category><![CDATA[À la croisée des mondes]]></category>
		<category><![CDATA[Bestiaire]]></category>
		<category><![CDATA[Confessions d'un masque]]></category>
		<category><![CDATA[Cortázar]]></category>
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		<description><![CDATA[Cortázar est sûrement l&#8217;un des auteurs qui mettent le plus en avant cette composante fondamentale du fantastique, à savoir l&#8217;élément anormal qui prend place dans la réalité la plus triviale, quotidienne. J&#8217;ai choisi Bestiario (Bestiaire dans la traduction L&#8217;Imaginaire Gallimard), mais j&#8217;aurais pu, à propos de ses nouvelles, choisir n&#8217;importe quel autre recueil tant sa&#160;&#8230; <a href="http://hermitecritique.wordpress.com/2012/02/20/pantheon-litteraire-personnel-du-vingtieme-siecle-4/">Lire&#160;la&#160;suite</a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=hermitecritique.wordpress.com&amp;blog=30487046&amp;post=279&amp;subd=hermitecritique&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><a href="http://hermitecritique.files.wordpress.com/2012/02/bestiario-cortc3a1zar.gif"><img class="aligncenter size-medium wp-image-280" title="Bestiario Cortázar" src="http://hermitecritique.files.wordpress.com/2012/02/bestiario-cortc3a1zar.gif?w=300&#038;h=300" alt="" width="300" height="300" /></a></p>
<p style="text-align:justify;">Cortázar est sûrement l&#8217;un des auteurs qui mettent le plus en avant cette composante fondamentale du fantastique, à savoir l&#8217;élément anormal qui prend place dans la réalité la plus triviale, quotidienne. J&#8217;ai choisi <em>Bestiario</em> (<em>Bestiaire</em> dans la traduction L&#8217;Imaginaire Gallimard), mais j&#8217;aurais pu, à propos de ses nouvelles, choisir n&#8217;importe quel autre recueil tant sa maîtrise de l&#8217;art de la nouvelle est exemplaire. Pour tous ceux qui s&#8217;y intéressent, sont publiés chez Folio les entretiens de Cortázar où il parle longuement de sa technique et de son art. Dans <em>Bestiaire</em>, le récit que je préfère est celui d&#8217;un homme qui se met à vomir des petits lapins. Il y a une autre nouvelle où un élément angoissant surgit dans le trajet quotidien qu&#8217;effectue un narrateur dans un bus. Cortázar sait créer à partir de cela des ambiances soit angoissantes, soit étranges, qui nous poussent à remettre en perspective la vie &#8220;réelle&#8221;, les certitudes de nos existences. Un autre monde est possible, et, bien plus, est présent, ici, à côté de notre logique traditionnelle.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://hermitecritique.files.wordpress.com/2012/02/harry-potter-and-the-half-blood-prince.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-281" title="Harry Potter and the Half Blood Prince" src="http://hermitecritique.files.wordpress.com/2012/02/harry-potter-and-the-half-blood-prince.jpg?w=199&#038;h=300" alt="" width="199" height="300" /></a></p>
<p style="text-align:justify;">Harry Potter n&#8217;est pas un choix par défaut. Pour tous ceux qui s&#8217;en étonneraient, ou qui jugeraient qu&#8217;Harry Potter n&#8217;est pas à sa place ici, je répondrais qu&#8217;il y est tout à fait légitime, et ce à deux titres. Tout d&#8217;abord, dans ma vie de lecteur, et dans ma vie tout court, Harry Potter est le livre qui m&#8217;a vraiment fait naître à la lecture. Non pas que je ne lisais pas avant : je lisais de temps en temps, mais pas de manière active. J&#8217;ai eu la chance de lire Harry Potter quand seulement trois tomes de la série étaient sortis, un été, en vacances. J&#8217;ai passé les dix jours de ces vacances à lire, puis à relire, les trois livres. Quand je dis que Harry Potter m&#8217;a fait naître à la lecture, cela veut dire que ça m&#8217;a fait découvrir la relecture. L&#8217;appréciation révisée des textes, la conscience du travail d&#8217;élaboration de l&#8217;intrigue, la mise en place d&#8217;un univers (éléments qui sont très présents dans le détail du livre). Deuxième raison pour ce choix ici : je pense que Harry Potter a formé l&#8217;imaginaire de millions d&#8217;enfants et d&#8217;adolescents dans le monde, et qu&#8217;il laissera une empreinte durable dans leur esprit, chose qu&#8217;on constatera d&#8217;ici quelques années.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://hermitecritique.files.wordpress.com/2012/02/c3a0-la-croisc3a9e-des-mondes-pullman.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-282" title="À la croisée des Mondes Pullman" src="http://hermitecritique.files.wordpress.com/2012/02/c3a0-la-croisc3a9e-des-mondes-pullman.jpg?w=188&#038;h=300" alt="" width="188" height="300" /></a></p>
<p style="text-align:justify;">En suite logique à Harry Potter, la saga <em>À la croisée des mondes</em>, de Philip Pullman, m&#8217;apparaît comme l&#8217;autre grande oeuvre pour la jeunesse de la fin du vingtième siècle. Quand je dis &#8220;pour la jeunesse&#8221;, je précise tout de suite que ce n&#8217;est pas dépréciatif dans ma bouche, non seulement parce que ce texte ne s&#8217;adresse pas uniquement à des adolescents, mais aussi parce que je considère qu&#8217;il est une plus grande oeuvre, une oeuvre mille fois plus profonde que la majeure partie de ce qui peut se produire actuellement dans le domaine de la littérature adulte. Une réflexion sur la mort, sur l&#8217;âme, une dénonciation subtile des dogmatismes, une grande histoire d&#8217;amour, de la magie, de la féérie&#8230; Nul doute que beaucoup de lecteurs adultes, s&#8217;ils laissaient de côté les Foenkinos et les Beigbeder, trouveraient là un vrai ouvrage de littérature. Hélàs, beaucoup d&#8217;adultes n&#8217;aiment pas risquer d&#8217;être pris pour des enfants.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://hermitecritique.files.wordpress.com/2012/02/ionesco-la-cantatrice-chauve.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-283" title="ionesco La cantatrice chauve" src="http://hermitecritique.files.wordpress.com/2012/02/ionesco-la-cantatrice-chauve.jpg?w=181&#038;h=300" alt="" width="181" height="300" /></a></p>
<p style="text-align:justify;">Partons, à présent, hors des terres de l&#8217;enfance et hors du fantastique pour nous attarder sur une pièce de théâtre. J&#8217;ai joué la <em>Cantatrice Chauve</em> quand j&#8217;étais au lycée, en première. Ce fut mon premier contact avec le théâtre du vingtième siècle qui ne soit pas du théâtre de normalien biberonné à la littérature grecque, type Giraudoux. Passer de Giraudoux à Ionesco, autant dire que le choc fut important, et mon engouement a été proportionnel à ce choc. En peu de temps j&#8217;ai lu beaucoup de choses de Ionesco, presque tout, en retrouvant à chaque fois ce rire lancé sur les ruines du langage, cette radicalité destructrice, cet humour ravageur, bref, j&#8217;aime Ionesco.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://hermitecritique.files.wordpress.com/2012/02/confessions-dun-masque-mishima.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-284" title="Confessions d'un masque Mishima" src="http://hermitecritique.files.wordpress.com/2012/02/confessions-dun-masque-mishima.jpg?w=181&#038;h=300" alt="" width="181" height="300" /></a></p>
<p style="text-align:justify;"><em>Confessions d&#8217;un masque</em>, est le livre le plus connu de Mishima. J&#8217;aurais pu choisir également <em>Les Amours interdites</em>, mais je pense que Confessions d&#8217;un masque m&#8217;a davantage marqué. Dans ce roman autobiographique, le suicidé le plus fameux de la littérature japonaise explore le désir homosexuel et retrace, de manière chronologiques, la vie du &#8220;masque&#8221; qui raconte sa vie : désir trouble, appel sensuel de la violence sont autant de thèmes qui structurent son récit, tout comme l&#8217;accent mis sur la beauté, le vêtement, le déguisement. Soit ce qui appartient à l&#8217;intimité et ce qui est de l&#8217;ordre de l&#8217;apparence extérieure, de l&#8217;ordre du masque.</p>
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			<media:title type="html">Bestiario Cortázar</media:title>
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			<media:title type="html">Harry Potter and the Half Blood Prince</media:title>
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			<media:title type="html">À la croisée des Mondes Pullman</media:title>
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			<media:title type="html">ionesco La cantatrice chauve</media:title>
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		<title>Traité du Narcisse, d&#8217;André Gide &#8211; Le paradis perdu de la forme</title>
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		<pubDate>Sat, 18 Feb 2012 17:04:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>hermitecritique</dc:creator>
				<category><![CDATA[André Gide]]></category>
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		<description><![CDATA[À l&#8217;heure où Gallimard réédite en Folio des extraits du Journal de Gide, il est bon d&#8217;évoquer ce Traité du Narcisse, court texte écrit en 1891, qui constitue une méditation sur la nature de la poésie et de l&#8217;écriture. Cet essai est caractéristique d&#8217;une première période de Gide, période où il fréquente assidûment les héritiers ou&#160;&#8230; <a href="http://hermitecritique.wordpress.com/2012/02/18/theorie-du-narcisse-dandre-gide-le-paradis-perdu-de-la-forme/">Lire&#160;la&#160;suite</a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=hermitecritique.wordpress.com&amp;blog=30487046&amp;post=273&amp;subd=hermitecritique&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><strong>À l&#8217;heure où Gallimard réédite en Folio des extraits du <em>Journal</em> de Gide, il est bon d&#8217;évoquer ce <em>Traité du Narcisse</em>,<a href="http://hermitecritique.files.wordpress.com/2012/02/traitc3a9-du-narcisse-pierre-louc3bfs.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-274" title="Traité du Narcisse-Pierre Louÿs" src="http://hermitecritique.files.wordpress.com/2012/02/traitc3a9-du-narcisse-pierre-louc3bfs.jpg?w=185&#038;h=300" alt="" width="185" height="300" /></a> court texte écrit en 1891, qui constitue une méditation sur la nature de la poésie et de l&#8217;écriture. </strong>Cet essai est caractéristique d&#8217;une première période de Gide, période où il fréquente assidûment les héritiers ou les tenanciers de la poésie symboliste, parmi lesquels Mallarmé et Valéry. Le <em>Traité du Narcisse </em>est doublement exemplaire, dans la mesure où il est à la fois un résumé, un condensé de l&#8217;esthétique et des enjeux poétiques d&#8217;une époque, et parce qu&#8217;il offre au lecteur une vision puissante de l&#8217;art et de l&#8217;écriture. en l&#8217;espace de quelques pages élégantes, Gide trace une généalogie de l&#8217;acte de poésie, l&#8217;acte de &#8220;faire&#8221; (étymologiquement) en le rattachant à une interprétation métaphysique de l&#8217;histoire et du monde.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Intitulé en hommage d&#8217;une figure mythique devenue patron de l&#8217;écriture</strong>, <em>Traité du Narcisse</em> a le mérite de placer sa conception et sa &#8220;théorie&#8221; littéraire dans la sphère du mythe immémorial et non seulement dans une réflexion contingente sur la technique littéraire qui se serait concentrée uniquement sur les implications terrestres de l&#8217;écrivain. La figure de Narcisse n&#8217;est pas le seul mythe convoqué dans le texte : ce dernier apparaît tout d&#8217;abord comme une réflexion sur le mythe fondateur chrétien de l&#8217;Éden. C&#8217;est en évoquant ce mythe, ce lieu, que Gide considère la mission du poète.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Le texte commence en effet par une description de l&#8217;Éden</strong>. Ce lieu a-temporel et d&#8217;avant l&#8217;Histoire est le lieu de la forme parfaite, des formes parfaites. C&#8217;est d&#8217;ailleurs ce que dit littéralement la deuxième partie de la première phrase : &#8220;parfaite, chaque forme ne s&#8217;y épanouissait qu&#8217;une fois&#8221;, précisée ensuite par : &#8220;Tout s&#8217;y cristallisait en une floraison nécessaire, et tout était parfaitement ainsi que cela devait être.&#8221;  L&#8217;Éden y apparaît comme le lieu (on serait même plutôt tenté de dire : par l&#8217;état) an-historique de l&#8217;éternité parfaite, de la pure apparition des choses, où les choses suivent des lois qui garantissent cet ordre : &#8220;les formes, rythmiques et sûres, révélaient sans effort leur nombre ; où chaque chose était ce qu&#8217;elle paraissait ; où prouver était inutile.&#8221; Des lois donc, l&#8217;adéquation absolue entre l&#8217;apparence (ou même l&#8217;apparition) et la chose. Dans cet état et dans ce lieu, le phénomène est véritablement la chose : la démonstration n&#8217;a pas à jouer pour étudier les phénomènes.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Cet état de fait est remis en cause par Adam</strong>, dont les motivations sont posées ainsi : &#8220;Pour lui, par lui, les formes apparaissaient. Immobile et central parmi toute cette féérie, il la regarde qui se déroule. Mais, spectateur obligé, toujours, d&#8217;un spectacle où il n&#8217;a d&#8217;autre rôle que celui de regarder toujours, il se lasse (&#8230;) il ne se voit pas (&#8230;) que sait-il de sa puissance, tant qu&#8217;elle reste inaffirmée ? &#8221; Adam dit ensuite : &#8220;cette harmonie m&#8217;agace.&#8221; Et brise un rameau d&#8217;Ygdrasil. Sans doute les nombreux exégètes de Gide ont-ils dit beaucoup de choses au sujet de cet essai, aussi dirons-nous simplement que ce qui motive le geste d&#8217;Adam, geste fondateur, est la volonté de se regarder, de se contempler, c&#8217;est-à-dire, interprété de manière plus large, que le geste d&#8217;Adam coïncide avec une volonté de réflexion, dans la mesure où la réflexion est un retour sur soi, un retour sur la pensée. En brisant une branche de l&#8217;arbre, Adam prend conscience de lui-même au travers de ses actions, il s&#8217;apparaît à lui-même et à sa pensée, et n&#8217;est plus seulement une création existant tel quel au milieu de l&#8217;ordre divin de l&#8217;Éden. En faisant cet acte, il quitte la sphère des choses qui n&#8217;existent que dans une dimension, et devient un être double, à la fois création et créé, chose et capable de réflexion : il quitte dès lors la sphère de la totalité pleine, pour rejoindre celle de l&#8217;incomplétude spirituelle. Et perd dans le même coup la présence des choses. C&#8217;est ce qui s&#8217;exprime quand Gide parle d&#8217;une &#8220;fissure&#8221; qui se crée à l&#8217;occasion du geste d&#8217;Adam. Au moyen de la très belle image du &#8220;grand livre sacré qui s&#8217;effeuille&#8221; (image de l&#8217;ordre secret qui régit l&#8217;Éden), le monde éternel, ordonné, des choses, disparaît. Nous entrons dans l&#8217;Histoire : &#8220;le temps est né.&#8221;</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Le temps naît, l&#8217;Histoire naît suite à cet acte</strong> : c&#8217;est à dire que l&#8217;Homme, suite à cet acte, ce péché, est condamné à une existence incomplète. Le temps proprement humain est celui d&#8217;une dissociation entre lui et le monde, et d&#8217;une dissociation entre les phénomènes et les choses. L&#8217;homme est &#8220;incomplet encore&#8221; et &#8220;ne se suffi[t] pas&#8221;.</p>
<p style="text-align:justify;">Ceci constitue le premier moment du <em>Traité de Gide</em>. Il ne définit vraiment le poète qu&#8217;en creux. Le lecteur est capable de voir quel est le rôle que Gide assigne à l&#8217;artiste dans la description de cette chute proprement humaine. Le poète, cet homme comme tous les autres, et soumis au même règne temporel, devra faire en sorte d&#8217;apercevoir ce qu&#8217;il y a derrière le monde, c&#8217;est-à-dire, les fragments du Livre perdu où est écrit la vérité.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>La deuxième partie de l&#8217;essai se concentre sur la figure de Narcisse</strong>. La réécriture de ce mythe est au service de la présentation des buts de l&#8217;écriture symboliste et de ses moyens. Au moyen d&#8217;une poésie discrète et élégante, Gide, de manière souterraine, met en place des images et des thèmes récurrents. À ce titre, l&#8217;eau dans laquelle se mire Narcisse est susceptible d&#8217;interprétations très diverses. Décrite comme un &#8220;stagnant miroir&#8221; elle est ce qui renvoie l&#8217;image des choses, mais une image troublée, incomplète, non satisfaisante. C&#8217;est que l&#8217;eau, soumise depuis le geste d&#8217;Adam au règne mondain, est dès lors soumise au temps. Le rêve de Gide est celui d&#8217;un arrêt du temps : &#8220;Quand donc cette eau cessera-t-elle sa fuite ?&#8221;. Par cet hypothétique arrêt du temps, l&#8217;eau deviendrait enfin le miroir qu&#8217;elle doit être, pour que l&#8217;image de la chose et la chose elle-même se confondent, pour retrouver cette adéquation, ce Paradis perdus originellement.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Il y a, présent potentiellement dans toute chose, l&#8217;image perdue d&#8217;un ordre ancien</strong>. Gide écrit que &#8220;le Paradis&#8221; &#8220;demeure sous l&#8217;apparence&#8221;. Sous l&#8217;apparence, c&#8217;est-à-dire sous les phénomènes. Depuis le geste d&#8217;Adam, les choses sont masquées, occultées, travesties presque, par l&#8217;apparence grossière, par le phénomène qui sont comme un écran derrière lequel ces débris du monde demeurent. Dans cette partie, Gide  d&#8217;ailleurs exprime différemment l&#8217;idée qui préside au geste d&#8217;Adam et qu&#8217;on a analysé précédemment : &#8220;être ne suffit plus : il faut que l&#8217;on se prouve, &#8211; et l&#8217;orgueil infatue chacune [chaque forme].&#8221; Une quête vers la simplicité, l&#8217;évidence, la plénitude de l&#8217;être, voilà comment on pourrait définir l&#8217;entreprise du poète définie par Gide.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>C&#8217;est ce que déclare Gide dans la troisième partie</strong>, qui sert de bilan et d&#8217;approfondissement sur les différences entre poètes et savants. Le poète est celui qui voit, qui est capable de retrouver cette forme cachée, cette forme silencieuse (&#8220;le Nombre harmonieux de son Être&#8221;). Mais l&#8217;entreprise n&#8217;est pas qu&#8217;une affaire de vision, elle est aussi, et surtout, une affaire de transfiguration, ou de translation, pourrait-on dire. La tâche poétique est celle d&#8217;une création d&#8217;image assez forte pour dire la forme originelle, c&#8217;est l&#8217;acte de symbolisation : le langage poétique doit devenir symbole pour n&#8217;être plus rien que la présentation de cette forme paradisiaque.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Ce qui est admirable aussi dans ce court essai de Gide</strong>, c&#8217;est qu&#8217;il a recourt aux mythes. C&#8217;est-à-dire, grossièrement, à une grande narration symbolique. Une narration symbolique qui ne s&#8217;accompagne pas immédiatement de ses explications. En ce sens, l&#8217;auteur est d&#8217;une cohérence parfait avec son propos : il n&#8217;a pas usage d&#8217;un langage scientifique, un langage de savant, parce que, pour exprimer sa vision de la poésie, il a recours au coeur même de sa poétique, c&#8217;est-à-dire à la symbolisation. Ce n&#8217;est qu&#8217;une des immenses qualités de ce texte dont on a essayé humblement de montrer les enjeux, la majeure qualité étant bien sûr son écriture, mais également la puissance grâce à laquelle Gide relie son art à une théorie métaphysique. Il y a toujours une plus grande force dans les textes d&#8217;écrivain qui écrivent sur leur art quand ce qu&#8217;ils en disent se raccroche de manière presque naturelle à l&#8217;Histoire humaine. C&#8217;est ce que fait Gide de manière admirable, aussi est-il urgent de relire, et le <em>Traité du Narcisse</em>, et l&#8217;oeuvre de son auteur.</p>
<p style="text-align:justify;">(Crédits photographiques : la <em>Métamorphose de Narcisse</em>, par Salvador Dalí, et la couverture originale du livre par Pierre Louÿs)</p>
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		<title>Claustria, de Régis Jauffret &#8211; La caverne</title>
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		<pubDate>Fri, 17 Feb 2012 04:06:25 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[En s&#8217;inspirant de l&#8217;affaire Fritzl, Régis Jauffret se détache de la simple relation d&#8217;un fait divers pour livrer un récit puissant doublé d&#8217;une réflexion troublante sur la liberté. On aura vu nombre de journaux et d&#8217;articles ressortir l&#8217;immémorial marronnier des rapports entre les écrivains et le réel, des rapports entre la fiction et la réalité, ou&#160;&#8230; <a href="http://hermitecritique.wordpress.com/2012/02/17/claustria-de-regis-jauffret-la-caverne/">Lire&#160;la&#160;suite</a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=hermitecritique.wordpress.com&amp;blog=30487046&amp;post=269&amp;subd=hermitecritique&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><strong>En s&#8217;inspirant de l&#8217;affaire Fritzl, Régis Jauffret se détache de la simple relation d&#8217;un fait divers pour livrer un récit<a href="http://hermitecritique.files.wordpress.com/2012/02/claustria-rc3a9gis-jauffret.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-270" title="Claustria-Régis Jauffret" src="http://hermitecritique.files.wordpress.com/2012/02/claustria-rc3a9gis-jauffret.jpg?w=197&#038;h=300" alt="" width="197" height="300" /></a> puissant doublé d&#8217;une réflexion troublante sur la liberté. </strong>On aura vu nombre de journaux et d&#8217;articles ressortir l&#8217;immémorial marronnier des rapports entre les écrivains et le réel, des rapports entre la fiction et la réalité, ou la vérité. On aura entendu les chroniqueurs louer, dans la rentrée, le réveil des écrivains français qui seraient sortis de leur nombril et de leur intimité pour s&#8217;intéresser au vrai, au vrai sordide et tangible, sous-entendu le fait divers. On aura même, chose plus curieuse, entendu un journaliste du Masque et la Plume se scandaliser du fait que, dans ce roman, on ne sache pas très bien ce qui est vrai et ce qui est faux, ceci apparaissant, bien sûr, comme un reproche, comme un vice de forme, presque comme une escroquerie. Voilà une remarque qu&#8217;il faut clarifier d&#8217;emblée, pour pouvoir se passer de l&#8217;évoquer ensuite.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Dans son avant-propos, Régis Jauffret écrit</strong> : &#8220;Ce livre est une oeuvre de fiction. Les propos, intentions, sentiments ou caractères prêtés aux personnages relèvent de l&#8217;imaginaire de l&#8217;auteur. Ils ne reflètent en aucune façons ceux de personnes existantes. Ils sont utilisés de manière purement fictionnelle, et ne sauraient être considérés comme étant vrais. Ni eux-mêmes ni les fait évoqués ne sauraient donc être ramenés à des individus ou à des événements existant ou ayant existé (&#8230;).&#8221; Cet avant-propos, outre le fait qu&#8217;il soit sûrement une forme de précaution de la part de l&#8217;auteur et de l&#8217;éditeur face à de possibles attaques judiciaires (l&#8217;un des derniers romans de Jauffret a en effet été l&#8217;objet de vives polémiques et de plaintes), a le mérite de couper court à tous ces débats, et notamment aux récriminations du journalistes cité ci-dessus. L&#8217;argument de la &#8220;réalité&#8221; n&#8217;a aucun cours en littérature, ou même en art. Il faudrait lui substituer celui de &#8220;vérité&#8221;, si ce terme n&#8217;éveillait pas dans l&#8217;esprit de beaucoup celui de réel. On pourrait lui préférer le terme de &#8220;justesse&#8221;. Il est quand même étonnant qu&#8217;il faille rappeler qu&#8217;un artiste se sert de son imagination, imagination qui n&#8217;a rien à voir avec de la fantaisie pure, mais qui est un véritable outil de connaissance, comme le disait déjà il y a plus d&#8217;un siècle Baudelaire. Pierre Guyotat définit l&#8217;imagination comme de la &#8220;logique&#8221;, une capacité de l&#8217;esprit de l&#8217;artiste a constituer un monde avec ses règles, ses lois. Dans ses entretiens vidéo donnés à Médiapart (consultables sur dailymotion) Régis Jauffret la définit comme &#8220;déduction&#8221;. Nous sommes dans le même ordre d&#8217;idée : s&#8217;il est vrai que le matériau de base est &#8220;réel&#8221;, tout l&#8217;art du romancier est de reconstruire ce matériau, de le passer au filtre de sa logique et de sa déduction, et de livrer un monde. Il n&#8217;y a pas plus réel que ce monde-là. Il faut l&#8217;envisager dans cette perspective.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Ce qui fait une des grandes réussites de ce roman, c&#8217;est justement la façon dont Jauffret a creusé ce monde logique </strong>en déduisant, en créant des scènes qui ne se sont pas produites dans la réalité de l&#8217;affaire Fritzl, mais qui apparaissent d&#8217;une cohérence absolue avec les psychologies et le contexte décrits. L&#8217;ensemble des scènes forme un tout que la logique charpente. Mais Jauffret ne se borne pas à simplement fictionnaliser un fait divers : même si cette fictionnalisation est parfaite, il poursuit ce projet en apportant à ses scènes une force symbolique, une force mythique, que le réel en soi ne pourra jamais donné. Cette force s&#8217;obtient par le jeu de l&#8217;écriture. Les multiples tentatives de cerner la nature de la cave dans laquelle sont enfermés les protagonistes peuvent en témoigner : la cave est tour à tour la caverne de Platon où le &#8220;peuple de la cave&#8221; perçoit des images biaisées du monde via la télévision, ventre paradoxalement maternel, trappe de l&#8217;enfer, etc. La cave est aussi tombe, ou bien &#8220;creuset d&#8217;une partouze dont les invités naissent de l&#8217;inceste&#8221;. Elle peut également être &#8220;labyrinthe&#8221;. Ces variations de vocabulaire, toutes ces expressions font de la cave un lieu protéiforme : c&#8217;est un lieu autour duquel tourne le discours, c&#8217;est un lieu mythique. À de nombreuses occurrences, la cave se voit plus ou moins caractérisé comme un lieu de régression, un lieu où règnent des pulsions ou des comportements d&#8217;avant l&#8217;histoire, d&#8217;avant l&#8217;humanité. Les protagonistes n&#8217;ont pas un corps, une attitude humains, ils baignent dans ce lieu sans soleil ni morale : ainsi, un de protagoniste hurle un &#8220;cri venu du fond de la préhistoire quand les hominiens commençaient tout juste à se distinguer des bêtes dont ils étaient davantage la proie que le prédateur&#8221;.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Proie, bête, prédateur</strong> : ces termes signifient bien le climat, la loi qui règne sous terre pour le peuple de la cave, soumis au père qui séquestre, et dont toutes les pulsions (violence, sexe, sadisme, etc.) s&#8217;expriment à l&#8217;abri du regard du monde. Comme si la caverne était ce lieu a-légal par excellence, le lieu d&#8217;un retour à une sauvagerie originelle. Au-delà d&#8217;une méditation sur la morale, le texte est également un texte troublant sur l&#8217;avilissement. L&#8217;un des thèmes qui structurent le roman est celui de l&#8217;accoutumance à l&#8217;humiliation et à l&#8217;enfermement, accoutumance qui devient acceptation et peu à peu vision du monde. Le peuple de la cave n&#8217;est pas un peuple qui se donne pour horizon la liberté : celle-ci est présente comme une illusion lointaine, mais est vite contre-balancée par l&#8217;acceptation de l&#8217;avilissement. Il est dit d&#8217;Angelika, la protagoniste : &#8220;Elle aurait aimé ce nivellement par le bas. Oui, par le bas, au propre et au figuré. Avoir été simplement pionnière d&#8217;une nouvelle civilisation de gens avilis.&#8221; Quelle part de nous-même veut réellement être libre, se délivrer de son illusion ? Comment en vient-on a refermer soi-même les portes qui nous enferment, par peur d&#8217;affronter ce monde extérieur, immense, sans aucun sens ? Comment peut-on s&#8217;habituer à un univers réduit à un &#8220;récipient&#8221; ? Ce sont les nombreuses interrogations que soulève <em>Claustria. </em>Jauffret ne répond pas aux questions, mais préfère montrer. Pénétrer l&#8217;esprit. Donner à sentir le temps qui passe, étouffant, sans remède ni recours.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Ce que nous dit ce texte rebutera beaucoup de lecteurs</strong>. Car ce texte n&#8217;est pas sympathique. Il nous dit qu&#8217;une part de nous-même ne se séparera jamais de notre caverne intérieure. Abandonner le lieu est une angoisse (&#8220;Elle aurait été délivrée de cette angoisse d&#8217;être obligée un jour de remonter à la surface.&#8221;). Le texte évoque aussi, à de nombreuses reprises, le véritable bonheur qui pouvait exister dans ce lieu. Ce point a été signalé dans beaucoup de critiques consacrées à <em>Claustria</em>. Que le bonheur, l&#8217;amour maternel, les joies enfantines, puissent exister au milieu du viol et de l&#8217;enfer, voilà qui pourra choquer. C&#8217;est ce qui fait une autre des réussites du roman : Jauffret ne privilégie pas unilatéralement le glauque, le sordide, le dégoûtant. Et nous montre que la beauté existe quand même, de même que la consolation.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Bien sûr, le texte n&#8217;est pas exempt de défauts. </strong>Pris dans son projet, ambitieux et en cela louable, Jauffret s&#8217;empêtre parfois dans une volonté de tout dire avec précision qui peut lasser, voire créer une certaine forme d&#8217;ennui chez le lecteur. Cet écueil est en réalité consubstantiel à sa démarche. Lui qui avait habitué le lecteur à des textes plus centrés sur l&#8217;imaginaire pur, et qui depuis <em>Microfictions</em> s&#8217;oriente de plus en plus vers l&#8217;exploration de matériau réel, essaye par son écriture, d&#8217;obtenir la plus de concrétude possible. C&#8217;est un élément notable à quelques passages du roman, notamment durant la visite de la maison de Fritzl avec l&#8217;agent immobilier. Tout y est décrit dans la plus grande précision, avec une volonté d&#8217;épuisement de la scène qui peut créer des longueurs dans le récit. De même pour le corps du récit, pour la narration de la vie dans la cave, extrêmement précise, et, par conséquent, assez répétitive. Cette impression est cependant atténué par le fait qu&#8217;elle est nécessaire au roman : et ainsi l&#8217;ennui se transforme en une expérience du temps qui se prête bien à ce qui est écrit.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Le dernier reproche qu&#8217;on pourrait faire à Jauffret concerne le discours tenu sur l&#8217;Autriche</strong>. Certes, il se défend lui-même d&#8217;avoir fait un texte anti-autrichien, ou d&#8217;avoir fait du crime de Fritzl un crime nazi (toujours dans l&#8217;interview Mediapart). Je n&#8217;ai rien contre les textes violents à l&#8217;égard de l&#8217;Autriche, Elfriede Jelinek et Thomas Bernhard sont même des auteurs très chers à mon coeur. Mais je trouve cependant que Jauffret est parfois ambigu dans son texte, sur la nature des griefs qu&#8217;il pourrait formuler à l&#8217;égard de ce pays. Cette ambiguité semble être due à la nature du sujet traité : un fait divers. Le fait divers peut être décrit de deux manières qui ne sont pas exclusives l&#8217;une de l&#8217;autre : il est à la fois symptôme, révélateur d&#8217;une réalité sociale, mais il est aussi exception, singularité par excellence. Là où Jauffret se concentre sur l&#8217;exception que constitue ce fait divers (description de la vie dans la cave), son texte est prenant, et démontre, entre autres, toutes les qualités évoquées plus haut. Quand Jauffret se situe plus près de la généralisation, quand il fait l&#8217;archéologie du fait divers et qu&#8217;il va la trouver entre autres dans l&#8217;histoire de l&#8217;Autriche, le texte est moins convaincant.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Ces quelques reproches</strong> ne sauraient cependant entacher de manière irréversible le texte de Jauffret, qui constitue bel et bien un grand moment de la rentrée littéraire. Après un <em>Tibère et Marjorie</em> décevant, Jauffret nous démontre qu&#8217;il a bel et bien retrouvé son écriture, son souffle et son ambition, et cela est si plaisant qu&#8217;on se dit : &#8220;Qui d&#8217;autre que lui aurait pu faire ce livre ?&#8221;. Et puis, pour en finir une fois pour toutes avec les marronniers de la critique, une citation du roman : &#8221;La vérité c&#8217;est pire que tout, quand vous la prenez dans vos mains elle vous brûle, elle vous glace, elle vous écorche les doigts.&#8221;</p>
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		<title>The Tattooed Girl, by Joyce Carol Oates &#8211; Tale of a witch</title>
		<link>http://hermitecritique.wordpress.com/2012/02/16/the-tattooed-girl-by-joyce-carol-oates-tale-of-a-witch/</link>
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		<pubDate>Thu, 16 Feb 2012 06:06:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>hermitecritique</dc:creator>
				<category><![CDATA[Joyce Carol Oates]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature américaine]]></category>
		<category><![CDATA[Reviews in English]]></category>
		<category><![CDATA[Books]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Fiction]]></category>
		<category><![CDATA[novel]]></category>
		<category><![CDATA[Review]]></category>
		<category><![CDATA[the tattooed girl]]></category>
		<category><![CDATA[Thriller]]></category>

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		<description><![CDATA[It is often said about Joyce Carol Oates that she is a &#8220;prolific&#8221; writer. The main part of the reviews dedicated to her works begins with some considerations about the author, more or less characterized as a graphomaniac : there must be a reason to the ardor that Joyce Carol Oates demonstrates by publishing several&#160;&#8230; <a href="http://hermitecritique.wordpress.com/2012/02/16/the-tattooed-girl-by-joyce-carol-oates-tale-of-a-witch/">Lire&#160;la&#160;suite</a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=hermitecritique.wordpress.com&amp;blog=30487046&amp;post=262&amp;subd=hermitecritique&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><strong><a href="http://hermitecritique.files.wordpress.com/2012/02/the-tattoed-girl.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-264" title="The Tattoed Girl" src="http://hermitecritique.files.wordpress.com/2012/02/the-tattoed-girl.jpg?w=198&#038;h=300" alt="" width="198" height="300" /></a>It is often said about Joyce Carol Oates that she is a &#8220;prolific&#8221; writer</strong>. The main part of the reviews dedicated to her works begins with some considerations about the author, more or less characterized as a graphomaniac : there must be a reason to the ardor that Joyce Carol Oates demonstrates by publishing several books per year. Moreover, her talent allows her to publish works that are, not only novels, but also poetry, drama, stories, novellas, etc. This way of introducing Joyce Carol Oates became some kind of cliché. Since I am not exempt from using clichés, I chose to begin my article with this fact. I don&#8217;t think Oates&#8217;s creative power, which is expressed by a continuous publication, is a bad thing. I don&#8217;t think the amount of published books reduces automatically the seriousness or the talent of a writer. On the contrary : speaking about Oates, I must say that I find a permanent pleasure following her evolution, her creativity, and her energy, to keep on building an impressive work that reflects America.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>I read some months ago <em>The Tattooed Girl</em></strong>. It was one of the first books I bought and read entirely when I arrived in the US. One obvious thing that we can say about this novel, is that Oates knows how to write a novel. Her craft is overt. French and the American people are really different when they speak about literature and writers : there&#8217;s a huge contrast between the two countries, for the simple reason that it is not despised, in America, to say that writing is also a technique, a craft, a job, and not only an art. Oates is an example of a gifted craftswoman and of a great writer.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>The plot of the novel is quite simple</strong> : Joshua Seigl, a writer and a professor, needs to hire someone to work for him as an assistant and a maid. He thus finds Alma, the &#8220;tattooed girl&#8221; who gives its title to the novel. The plot is built with fluidity (it allows the reader to read the novel without noticing the strong structure that shapes the book) and with a very subtle sense of balance : the first part is dedicated to the main character, Seigl, and then the second part is dedicated to the other one, Alma. This construction could have been banal, not very original considering the fact that it has been used many times in modern and contemporary novels. But The Tattooed Girl is not one more book that uses this technique : indeed, this technique has another goal. It supports one of the principal ideas of the novel, insofar as the tattooed girl is the object the narrator&#8217;s fantasies create. She is constantly conceived as an object : object of desire, of repulsion, mysterious object who does not appear clearly and frankly, both to the reader and to the narrator. Her voice is always secondary, interfered with all the voices of her (in a metaphoric or physic way) owner. In my mind, the success of this novel is to use a now banal technique to have it become meaningful : after reading the first part, the reader discovers Alma&#8217;s point of view, as if a denied voice was raising for the first time, as if Alma was speaking truly for the first time.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>This text is also written by a witch</strong>. The witches are one of the leitmotivs of the book, and these characters are interpreted in two different way : on one hand, they are discussed as a fantastical-mystical matter. On the other hand, they are characterized from a social perspective : witches are women to whom the possession of their own bodies has been denied. They are women deprived of identity, deprived of the ability to speak for themselves. Alma thus appears as a witch. She bears tattoos on her body, we cannot tell they are not the sign of the Devil. She is an ambiguous soul (and Alma means &#8220;soul&#8221;), torn between hate and affection. Oates creates a character who is truly moving, a sort of social witch, social warrior, and her novel turns out to be the narration of a class struggle reduced to two characters, a class struggle but miniaturized, silent. Because Alma&#8217;s silence contains a hate that her inability to speak reinforces.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>This book is also the narration of the prisons created by society</strong>, a narration on prejudices : the book on the man&#8217;s perception of the woman, on the rich&#8217;s perception of the poor, on the Jew&#8217;s perception of the Gentile. This novel deals with the impossibility to escape the social influences, the reflexes, all the habits and all the things that make us consider an other people as a stranger, almost as a guilty people. The desire Seigl feels towards Alma comes from all these gaps, all these differences.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>As a conclusion</strong>, Joyce Carol Oates does not avoid the subject of the strange attraction everyone can feel to hate and to violence : on top of that, it becomes the essential part of her novel, and of her moral. Society leads us to illusions and duplicity : we must know how to deal with it.</p>
<p style="text-align:justify;">
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		<title>Quelques idioties signées Yann Moix &#8211; à propos des liseuses électroniques</title>
		<link>http://hermitecritique.wordpress.com/2012/02/15/quelques-idioties-signees-yann-moix-a-propos-des-liseuses-electroniques/</link>
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		<pubDate>Wed, 15 Feb 2012 02:28:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>hermitecritique</dc:creator>
				<category><![CDATA[Agacements]]></category>
		<category><![CDATA[Yann Moix]]></category>
		<category><![CDATA[cinquante ans dans la peau de michael jackson]]></category>
		<category><![CDATA[critique littéraire]]></category>
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		<description><![CDATA[Quelques idioties signées Yann Moix (à propos de la lecture numérique) Les gens cultivés qui veulent avoir raison sont toujours très agaçants. Quand ils pensent quelque chose, ils convoquent un vocabulaire, des références, tout un appareil qui, s&#8217;il n&#8217;assure pas d&#8217;une véritable pensée, d&#8217;un véritable raisonnement, peut du moins y faire croire. Que Yann Moix&#160;&#8230; <a href="http://hermitecritique.wordpress.com/2012/02/15/quelques-idioties-signees-yann-moix-a-propos-des-liseuses-electroniques/">Lire&#160;la&#160;suite</a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=hermitecritique.wordpress.com&amp;blog=30487046&amp;post=253&amp;subd=hermitecritique&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:center;"><strong>Quelques idioties signées Yann Moix</strong></p>
<p style="text-align:center;"><strong>(à propos de la lecture numérique)</strong></p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Les gens cultivés qui veulent avoir raison sont toujours très agaçants</strong>. Quand ils pensent quelque chose, ils convoquent un vocabulaire, des références, tout un appareil qui, s&#8217;il n&#8217;assure pas d&#8217;une véritable pensée, d&#8217;un véritable raisonnement, peut du moins y faire croire. Que Yann Moix soit quelqu&#8217;un de cultivé, je ne le mets pas en doute. Qu&#8217;il soit mesuré, qu&#8217;il soit capable d&#8217;un peu de nuances voire de subtilité, cela paraît plus douteux. Yann Moix est outrancier. Mais vociférer n&#8217;assure pas d&#8217;être dans le vrai, crier plus fort que les autres ne vous garantira pas de prêcher la bonne parole : celle-ci se perd dans la cacophonie sans fin d&#8217;un gamin qui braille.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Le dernier combat de notre philosophe</strong> a un nom qui pourrait faire pâlir et frissonner les défenseurs de la Grââânde Kûûltur. (Note pour la prononciation et pour l&#8217;attitude : prenez une voix de vierge effarouchée, ne lésinez pas sur le trémolo, rappelez les tristes heures de l&#8217;histoire (à l&#8217;occasion), fustigez l&#8217;&#8221;époque&#8221; (cette fameuse époque qui est toujours &#8211; rayer la mention inutile : révélatrice, révélée, perceptible, tangible, etc.), en bref : posez-vous sur le créneau d&#8217;une citadelle assiégée, de là vous avez tout le loisir de contempler des ruines que vous réprouvez (bien évidemment).) Le dernier combat donc de notre Don Quichotte, qu&#8217;il <a href="http://laregledujeu.org/moix/2012/02/02/649/apologie-de-le-todafe/">mène </a><a href="http://laregledujeu.org/moix/2012/02/07/656/orgie-numerique/">vaillamment</a> dans deux billets de son inénarrable blog labellisé par la revue BHL-ienne La règle du jeu, concerne cet ennemi insidieux qu&#8217;on nomme la lecture numérique.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>L&#8217;invention de l&#8217;e-reader</strong>, de la liseuse électronique, du Kindle, de l&#8217;Ipad, bref, ce que vous voudrez qui permet de lire sur un écran des textes littéraires, voyez-vous, est à marquer d&#8217;une pierre noire : c&#8217;est en effet le mal descendu sur Terre, c&#8217;est l&#8217;horreur, la décadence, bref, vous l&#8217;aurez compris : ça &#8220;révèle quelque chose sur [bien sûr] notre [vous l'attendez, vous l'avez deviné] époque&#8221;. Et ce quelque chose est bien sûr funeste, terrible, en un mot : un désastre.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Donc, que nous dit notre penseur</strong> ? Son premier article, soigneusement intitulé &#8220;<a href="http://laregledujeu.org/moix/2012/02/07/656/orgie-numerique/">Orgie numérique</a>&#8220;, commence d&#8217;une manière dont la sobriété résonne encore à nos oreilles :  &#8221;L&#8217;e-book s&#8217;arrache et on sait bien pourquoi : c&#8217;est le livre qu&#8217;il s&#8217;agissait de tuer. Le livre fait peur  : il intimide.&#8221; Je suis sûr que des Te Deum se font entendre en permanence dans le crâne de notre chroniqueur. Bien. Que cherche à nous dire Yann Moix par cette phrase ? Premièrement, la situation est critique. Tout le monde veut la peau du livre, et maintenant, tout le monde l&#8217;a dépecé. Tout d&#8217;abord, il faudrait peut-être considérer le fait que, sur le plan économique, pour l&#8217;instant, le marché de l&#8217;e-book en France est loin d&#8217;être prédominant, encore complètement négligeable comparé à ce qu&#8217;il est aux États-Unis, par exemple. Mais je pense que Yann Moix ne veut pas dire cela. Comme tous les grands penseurs, il va chercher plus loin : c&#8217;est une mutation d&#8217;ordre culturel, spirituel, que dis-je, métaphysique qu&#8217;il vise à décrire ! C&#8217;est la catastrophe de notre&#8230; de notre époque bien sûr.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Quelle est donc cette mutation ?</strong> Selon Pangloss, le succès de l&#8217;e-book est une victoire de la &#8220;barbarie&#8221; sur la &#8220;civilisation&#8221;, sur la &#8220;culture&#8221;. Bien. Monsieur Moix identifie donc le passage de la barbarie à la civilisation au moment où les peuples se dotent de livres. La culture se voit donc symbolisée dans l&#8217;objet livre. Heureusement que Monsieur Moix nous précise dans son autre article ne pas militer pour une fétichisation sauvage, on aurait presque pu avoir des doutes. Donc. Les gens cultivés, les gens civilisés, sont ceux qui possèdent des livres, qui lisent des livres. Les gens qui préfèrent lire des textes, qui se bornent à lire des textes littéraires pour ce qu&#8217;ils sont, à savoir des créations, des signes sur une surface qui constituent un sens, sont donc de dangereux barbares. Je suis sûr qu&#8217;ils ont même un couteau entre les dents et qu&#8217;ils sacrifient des enfants pour boire leur sang les nuits de pleine lune. N&#8217;exagérons rien. Bornons nous seulement à relever l&#8217;arbitraire du choix que fait Yann Moix : demandons lui dès lors, de nous expliquer en quoi le livre est-il un signe plus pertinent que les autres, de civilisation ? Les cultures sans écriture sont-elles non civilisées ? Relevons aussi l&#8217;étymologie du mot &#8220;barbare&#8221;, celui qui ne parle pas la langue, notre langue. On est toujours le barbare de quelqu&#8217;un. Disons que je suis content d&#8217;être celui de Yann Moix.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Un autre cancer de l&#8217;époque</strong> que pourfend notre inlassable héros est celui de l&#8217;&#8221;intégralité&#8221;. Notre phare de la pensée définit ainsi son concept : &#8220;<em>L’intégralite est une maladie qui consiste à vouloir posséder l’intégralité de quelque chose dans le seul but de sa possession. On télécharge les œuvres complètes de Balzac, de Proust, de Tolstoï, etc., mais c’est dans l’unique intention de les faire taire une bonne fois pour toutes, comme si le simple fait de les télécharger nous les faisait lire et digérer à la vitesse même de ce téléchargement.</em>&#8221; La chose est assez claire, elle est même limpide. Le crime des lecteurs qui utilisent une liseuse est donc de se livre à une &#8220;orgie numérique&#8221;, à télécharger compulsivement et sauvagement (et qui plus est, sûrement de manière &#8220;barbare&#8221;!) des listes de livres à n&#8217;en plus finir, amoncellement les fichiers comme Picsou sa fortune. Seulement, contrairement à Picsou qui se baignait langoureusement dans ses liasses et ses pièces, l&#8217;e-booker ne se prélasse jamais dans le fleuve moite de la culture véritable. Non, non. Il stocke !</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Premier argument</strong> donc que l&#8217;on pourrait opposer à Yann Moix : je ne pense pas être la seule personne sur Terre ou en France à connaître de fins lettrés qui empilent dans leurs étagères des rayons de Pléiade qu&#8217;ils n&#8217;ouvrent pas toujours. Jusqu&#8217;à preuve du contraire, on publie de manière traditionnelle les oeuvres complètes des auteurs après leur mort, dans de jolis coffrets ou bien de lourds volumes. Celui qui achète ces ouvrages se verra-t-il vilipendé par Moix ? Non, bien entendu : vous comprenez, il lit des <em>livres</em>.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Deuxième argument.</strong> Ce serait plutôt la mise en relief d&#8217;un vice de forme particulièrement patent dans l&#8217;argumentation de Yann Moix. Yann Moix parle en son nom, certes. Mais il semble que Yann Moix a, en plus de la faculté de tout saisir des choses et particulièrement de notre époque, la capacité proprement fantastique de sonder les coeurs et les reins. En effet ! Ce n&#8217;est pas Yann Moix qui nous livre ses petites pensées, non ! Ce sont les foules entières qui viennent confirmer ce que Yann Moix édicte au lieu de postuler. Pour faire semblant d&#8217;avoir compris quelque chose, et pour faire croire que la réalité l&#8217;illustre, rien n&#8217;est plus simple que de se servir d&#8217;un petit outil grammatical très pratique, le &#8220;on&#8221;, pronom très utile et facilement maniable. Le &#8220;on&#8221; vous servira en toutes occasions : vous ne savez pas qui vous voulez désigner ? Utiliser le &#8220;on&#8221;. Exemple à l&#8217;appui : &#8220;On télécharge les œuvres complètes de Balzac, de Proust, de Tolstoï, etc., mais c’est dans l’unique intention de les faire taire une bonne fois pour toutes.&#8221; Qui est ce &#8220;on&#8221; ? La population française ? Tous les usagers de liseuses ? Les amis de Yann Moix ? Ou bien, plus perversement, Yann Moix lui-même, qui, sous des airs faussement provocateurs, signe ici un mea culpa ? Nous ne le saurons pas. Vous voulez créer une connivence avec votre lecteur, car tous deux vous faites partie de la caste de ceux qui ont compris, il n&#8217;est pas nécessaire de préciser les choses ? Utilisez le &#8220;on&#8221; ! exemple : &#8220;L&#8217;e-book s&#8217;arrache et on sait bien pourquoi.&#8221; Qui le sait ? À peu près tout le monde, ou bien personne, c&#8217;est à vous de choisir. Ou bien si : Yann Moix. Les miracles de la rhétorique.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Qu&#8217;on ne se méprenne pas</strong>. Je ne jette pas l&#8217;opprobre sur la rhétorique. Celle-ci est nécessaire à la persuasion. Ce qui me gêne, comme dans les exemples cités, c&#8217;est quand la rhétorique se substitue à la pensée. Quand celle-ci donne l&#8217;illusion de la pensée là où elle soutient, en réalité, des présupposés uniquement personnels que rien ne vient étayer. Dès lors, prenons les arguments de Yann Moix pour ce qu&#8217;ils sont, c&#8217;est-à-dire, des théories intimes grossièrement maquillée pour sembler acceptables. On pourrait également noter que ce débordement incontrôlé de rhétorique se voit doublé d&#8217;une psychologisation outrancière et infondée, impressionniste : &#8220;<em>notre lecture n’aura jamais lieu, elle est fictive, on le sait, mais on se fait croire à soi-même (vraie fausse illusion) qu’on lui accordera le temps qu’elle réclame</em>.&#8221; Psychologisation et argument imparable de la &#8220;vraie fausse illusion&#8221;, en cela semblable à celui de l&#8217;aliénation. Invérifiable, donc sans valeur. Moix n&#8217;a dès lors rien dit. Mais on lui permet de donner son avis. Après tout, il n&#8217;engage que lui.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Avant de terminer sur cette triste démonstration</strong> à la fois de suffisance, de mépris et d&#8217;idiotie, passons sur les développements selon lesquels un vrai lecteur pourrait ne lire qu&#8217;une oeuvre. On peut ou non souscrire à cet avis. Le fait est que l&#8217;e-book n&#8217;a rien à voir là dedans. À moins de ne l&#8217;envisager que sous le prisme de la quantité. Or un e-book et les liseuses ne sont pas que ça. Je me fais orgueil même d&#8217;être aux yeux de Monsieur Moix un &#8220;mort glacé, un cuistre, un bourgeois&#8221;. C&#8217;est le plaisir aristocratique dont parlait Baudelaire.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Pour finir,</strong> bornons-nous à survoler d&#8217;un coup d&#8217;oeil le deuxième billet, intitulé <a href="http://laregledujeu.org/moix/2012/02/02/649/apologie-de-le-todafe/">Apologie de l&#8217;e-todafé</a>. (le jeu de mot a sans doute été trop tentant pour notre professeur, néanmoins il serait intéressant de le confronter à ce qu&#8217;il dit de la barbarie). Ce billet, plus encore que le précédent, se fonde sur de multiples confusions (amusant, pour un article blâmant la &#8220;confusion intellectuelle de l&#8217;époque&#8221;), lesquelles voient se mêler pêle-mêle un argument publicitaire de vente, et les interprétations successives de Moix (divagations sur les civilisations, encore, égrenage de concepts littéraires non définis, j&#8217;en passe et des meilleures) qui finissent par nuire à un combat qui doit être, pour beaucoup de lecteur, juste, mais auquel Moix ne fait pas honneur.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>En guise de conclusion,</strong> j&#8217;ajouterais qu&#8217;il est pour le moins amusant, pour l&#8217;auteur de <em>Cinquante ans dans la peau de Michael Jackson</em> ou de <em>La Meute</em>, textes purement commandés par l&#8217;actualité et par le bavardage médiatique suscité par deux événements récents bien connus, de venir ainsi se faire le pourfendeur de notre présent souffrant de présentification permanente, comme on peut l&#8217;entendre de nos jours. Son argumentation, bien que bancale et infondé, pourrait par son style nous persuader, l&#8217;espace d&#8217;un moment. Quand on se rappelle qui l&#8217;a écrite, elle ne pourrait pas même nous convaincre.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Peut-être faudrait-il</strong> rappeler à Yann Moix qu&#8217;un outil n&#8217;est pas ce qui gouverne l&#8217;homme (du moins pas encore), et ne constitue pas l&#8217;essence d&#8217;une société ou d&#8217;une civilisation. Je pense, bien plutôt, que l&#8217;outil prend son sens en regard d&#8217;un usage, auquel on l&#8217;assigne, ou qui préside à son existence. C&#8217;est dans l&#8217;usage d&#8217;un outil qu&#8217;on peut commencer à lui donner une signification. Voit-on des usages concrets de l&#8217;outil e-reader dans le texte de Moix ? Des usages sur lesquels il a enquêtes, sur lesquels il s&#8217;est renseigné ?</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Terminons donc</strong> ce billet en lui donnant la parole. Contrairement à l&#8217;e-booker, Yann Moix, puisqu&#8217;il est un lecteur, et pas n&#8217;importe lequel !, un lecteur de livres, a donc été (ce sont ses propres mots) &#8220;humilié, dominé, remis à sa place&#8221;. Souhaitons-nous de retourner aux livres, qui le remettront peut-être à sa place : celle du sérieux et de l&#8217;honnêteté intellectuelle.</p>
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		<title>Promenades et souvenirs, de Gérard de Nerval</title>
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		<pubDate>Sun, 12 Feb 2012 20:50:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>hermitecritique</dc:creator>
				<category><![CDATA[Classiques]]></category>
		<category><![CDATA[Divagations sur les classiques]]></category>
		<category><![CDATA[Gerard de Nerval]]></category>
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		<description><![CDATA[Lire les souvenirs et les promenades de Gérard de Nerval, pour un lecteur d&#8217;aujourd&#8217;hui, comme lire les descriptions de toute vie quotidienne passée, le met en situation d&#8217;apprécier, avec une certaine émotion, quelques photographies des époques révolues. On le sait, se loger à Paris est devenu la plus insupportable des aventures, le chemin de croix&#160;&#8230; <a href="http://hermitecritique.wordpress.com/2012/02/12/promenades-et-souvenirs-de-gerard-de-nerval/">Lire&#160;la&#160;suite</a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=hermitecritique.wordpress.com&amp;blog=30487046&amp;post=245&amp;subd=hermitecritique&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><strong>Lire les souvenirs et les promenades de Gérard de Nerval, pour un lecteur d&#8217;aujourd&#8217;hui, comme lire les descriptions de toute vie quotidienne passée, le met en situation d&#8217;apprécier, avec une certaine émotion, quelques photographies des époques révolues.</strong></p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://hermitecritique.files.wordpress.com/2012/02/atget-2.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-247" title="Rue des Ursins, 1900" src="http://hermitecritique.files.wordpress.com/2012/02/atget-2.jpg?w=228&#038;h=300" alt="" width="228" height="300" /></a><a href="http://hermitecritique.files.wordpress.com/2012/02/atget-1.jpg"><br />
</a></p>
<p style="text-align:justify;">On le sait, se loger à Paris est devenu la plus insupportable des aventures, le chemin de croix parsemé d&#8217;embûches et de tas entiers de paperasses sur lesquels on glisse, de succession d&#8217;interrogatoires et d&#8217;incessantes vérifications où vous passez pour un criminel en puissance auprès de propriétaires sourcilleux. Le texte des <em>Promenades et souvenirs</em> de Nerval, pourra faire sourire ceux qui ont eu une fois dans leur vie à subir cette épreuve. La première phrase en est : &#8220;Il est difficile de trouver à se loger dans Paris. &#8211; Je n&#8217;en ai jamais été si convaincu que depuis deux mois.&#8221; Il s&#8217;ensuit le récit de la recherche, qui ne manquera pas de sel pour les lecteurs d&#8217;aujourd&#8217;hui.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://hermitecritique.files.wordpress.com/2012/02/atget-3.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-248" title="atget 3" src="http://hermitecritique.files.wordpress.com/2012/02/atget-3.jpg?w=248&#038;h=300" alt="" width="248" height="300" /></a></p>
<p style="text-align:justify;">Comme toujours dans la lecture de tels ouvrages (je pense, par exemple, aux <em>Nuits de Paris</em>, de Restif de la Bretonne), on peut ressentir l&#8217;émotion qu&#8217;il y a à voir les photographies d&#8217;Atget. Certes, les photographie d&#8217;Atget datent de bien après la mort de Nerval, lequel est mort deux ans avant la naissance du photographe, mais je parle bien de sentiment. Pour qui vit à notre époque, être confronté à de telles photographies, provoque une émotion étrange : comme si on nous présentait, en direct, les photographies de scènes en suspension. En suspension car l&#8217;on connaît déjà l&#8217;issue, la ruine, le temps qui passe. Une apparition, mais qui proclame sa disparition. Le dessein de scènes, de géographies, de topographies, qui s&#8217;estompent presque automatiquement, dans le même moment où il s&#8217;est dressé. C&#8217;est l&#8217;effet que me font toujours de tels textes : ces textes que les écrivains ont produit pour donner une image, un panorama géographique et urbain. Ce sont des débris rescapés du temps, baignés de la lumière du souvenir.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://hermitecritique.files.wordpress.com/2012/02/atget-41.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-250" title="atget 4" src="http://hermitecritique.files.wordpress.com/2012/02/atget-41.jpg?w=300&#038;h=225" alt="" width="300" height="225" /></a></p>
<p style="text-align:justify;">C&#8217;est donc dans cette perspective que j&#8217;ai lu les <em>Promenades et souvenirs</em> de Nerval. Ce petit texte se trouve, je pense, dans tous les livres de poche qui réunissent l&#8217;oeuvre de Nerval. J&#8217;y ai trouvé, en plus de ce sentiment dont je parlais, plusieurs éléments intéressants, qui m&#8217;ont servi à formuler quelques divagations, au rythme des promenades de Nerval.</p>
<p style="text-align:justify;">J&#8217;ai tout d&#8217;abord trouvé dans ce texte quelques échos, de la main de Nerval, à ce sentiment que j&#8217;évoquais tout à l&#8217;heure. Dans la contemplation des châteaux, l&#8217;auteur lui aussi peut voir le passé des édifices, en apprécier la dégradation, être sensible au cours du temps : &#8220;Je regrette seulement de n&#8217;y pas voir ces grands toit écaillés d&#8217;ardoise, ces clochetons à jour où se déroulaient des escaliers en spirale, ces hautes fenêtres sculptées s&#8217;élançant d&#8217;un fouillis de toits anguleux qui caractérisent l&#8217;architecture valise. Des maçons ont défiguré, sous Louis XIII, la face qui regarde le parterre.&#8221;</p>
<p style="text-align:justify;">Autre chose peut-être plus importante, bien que je sois incapable d&#8217;en vérifier l&#8217;exactitude. Il me semble que Nerval se situe dans la chaîne thématique qui relie, par exemple, Rousseau et Proust pour ce qui est de l&#8217;examen de sa vie. Pour ce qui est de Rousseau, Nerval le cite directement, en se situant lui-même dans la lignée des <em>Rêveries du promeneur solitaire</em>. On retrouve en effet dans ce texte la polarité présente dans celui de Rousseau entre le récit de la vie actuelle (par le biais de la promenade, activité prompte à délivrer des visions géographiques) et l&#8217;exploration de la vie intime, personnelle, en contre-coup de celle de la vie extérieure. C&#8217;est ainsi que le texte de Nerval est aussi une revendication de l&#8217;écriture de soi, ce qui le pousse à écrire : &#8220;L&#8217;expérience de chacun est le trésor de tous.&#8221; Il précise encore, plus tard, que tout le monde devrait s&#8217;écrire, écrire sa vie, ses pensées, et que c&#8217;est ainsi que nous nous rejoindrions.</p>
<p style="text-align:justify;">Voilà pourquoi ces &#8220;promenades&#8221; sont liées directement aux &#8220;souvenirs&#8221; : c&#8217;est qu&#8217;elles sont l&#8217;occasion pour Nerval, d&#8217;une sorte d&#8217;archéologie de sa personnalité, au sein de laquelle l&#8217;auteur confronte ses contemplations à ses souvenirs, et tente de cerner ce qui fait le propre de sa vie, sa forme. Comme il le dit à un moment : &#8220;Le sentiment du merveilleux, le goût des voyages lointains, ont été sans doute pour moi le résultat de ces impressions premières, ainsi que du séjour que j&#8217;ai fait longtemps dans une campagne isolée au milieu des bois.&#8221; Dès lors, la progression du promeneur devient une progression temporelle en plus d&#8217;être une progression spatiale : plus l&#8217;auteur poursuit sa marche, plus il progresse dans son souvenir et rejoint son enfance. &#8220;À ce point de vue, si Saint-germain rappelle 1830, Pontoise rappelle 1820 ; &#8211; je vais plus loin encore retrouver mon enfance et le souvenir de mes parents.&#8221; Cet aspect est pour moi ce qui fait de Nerval, en un sens, une sorte de prédécesseur des idées de Proust quand celui-ci rattache l&#8217;intime et l&#8217;expérience du temps au lieu, au nom, à la géographie de l&#8217;enfance qui structure la personnalité future.</p>
<p style="text-align:justify;">Voilà donc quelques divagation sur un texte classique, que je vous engage à lire. Vous y trouverez à la fois des scènes pittoresques ou d&#8217;époque, des promenades et une exploration par un auteur des images fondatrices de sa personnalité, parfois de manière sombre quand le geste du suicide, réapparaissant à de nombreux endroits du texte, annonce de manière tragique la fin de Nerval, par pendaison, qui eut lieu quelques mois plus tard.</p>
<p style="text-align:justify;">
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		<title>Fou trop poli, de Eugène Savitzkaya &#8211; Mémoire hermétique</title>
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		<pubDate>Sun, 12 Feb 2012 02:08:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>hermitecritique</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Eugène Savitzkaya]]></category>
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		<description><![CDATA[Dans son dernier ouvrage paru en 2005, Eugène Savitzkaya entreprend de raconter une vie, peut-être la sienne, sûrement la sienne, dans un texte hétérogène, hermétique, mystérieux, et qui ne se livre pas facilement. Il est difficile pour moi de critiquer cet ouvrage, pour plusieurs raisons : bien que j&#8217;en reconnaisse, par moments, l&#8217;acuité pénétrante et le&#160;&#8230; <a href="http://hermitecritique.wordpress.com/2012/02/12/fou-trop-poli-de-eugene-savitzkaya-memoire-hermetique/">Lire&#160;la&#160;suite</a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=hermitecritique.wordpress.com&amp;blog=30487046&amp;post=239&amp;subd=hermitecritique&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><strong>Dans son dernier ouvrage paru en 2005, Eugène Savitzkaya entreprend de raconter une vie, peut-être la sienne,<a href="http://hermitecritique.files.wordpress.com/2012/02/fou-trop-poli.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-240" title="fou trop poli" src="http://hermitecritique.files.wordpress.com/2012/02/fou-trop-poli.jpg?w=222&#038;h=300" alt="" width="222" height="300" /></a> sûrement la sienne, dans un texte hétérogène, hermétique, mystérieux, et qui ne se livre pas facilement.</strong> Il est difficile pour moi de critiquer cet ouvrage, pour plusieurs raisons : bien que j&#8217;en reconnaisse, par moments, l&#8217;acuité pénétrante et le projet général, le roman reste cependant très loin de moi, en raison de son écriture et de son univers.</p>
<p style="text-align:justify;">C&#8217;est pourquoi ma critique sera courte. <em>Fou trop poli</em>, comme son nom l&#8217;indique, explore ce que peut être la vie quotidienne aux prises avec la folie, mais une folie douce, discrète, &#8220;polie&#8221;, civilisée en somme. Ce que privilégie Savitzkaya, c&#8217;est l&#8217;évocation de la vie quotidienne, la vie dans ce qu&#8217;elle a de plus direct, de plus franc, de plus manuel (ce qu&#8217;on retrouve aussi dans un autre des ouvrages de Savitzkaya, le bien nommé <em>En vie</em>, que j&#8217;avais bien plus adoré que <em>Fou trop poli</em>). Sur ce point, il faut reconnaître que Savitzkaya parvient à rendre ces vignettes et ces évocations de manière totalement crédibles et, bien plus que crédibles, à la fois tangibles et touchantes : la matière quotidienne, triviale, la matière banale est l&#8217;occasion et le prétexte, pour Savitzkaya, à une forme d&#8217;élévation, dans la mesure où il  parvient à formuler une métaphysique concrète à partir de ces évocations. Le travail de la terre, le rapport à la nature, aux plantes, aux semis, se voient dès lors associés à des développements subtils et implicites sur le rapport au temps, à la mémoire, à l&#8217;Histoire. Car la question du sol et de l&#8217;histoire familiale est brièvement évoquée au début du roman, par de très beaux passages sur les parents de l&#8217;auteur, sur l&#8217;exil : &#8220;Bref, je ne sais pas d&#8217;où je suis parti mais je sais de qui je suis parti et par quel mouvement&#8221;, &#8220;un lieu de naissance n&#8217;implique ni la nécessité de ne jamais le quitter, ni l&#8217;obligation de le fuir.&#8221; Et cette autre phrase qui contribue à inscrire le roman dans une perspective plus large que la simple sphère triviale : &#8220;Et moi, d&#8217;où fus-je extirpé, s&#8217;interroge-t-il, peut-être du flux des théophanies ?&#8221;</p>
<p style="text-align:justify;">Le flux des théophanies, le flux des révélations. Autant de termes qui essayent de saisir le flux de la vie, le flux du temps. L&#8217;auteur élabore également un concept, le &#8220;tout-temps&#8221; : &#8220;le grand fluide (&#8230;) qui se dilate et ne peut qu&#8217;accueillir le courant des objets, des êtres et des mots lâchés comme buée dans le feu du soleil.&#8221; Saisir le temps, saisir son cours, c&#8217;est ce que Savitzkaya essaye de faire dans la succession de ses denses fragments, où le présent côtoie le passé, où les souvenirs acquièrent une force de présence aussi prégnante que le présent.</p>
<p style="text-align:justify;">Malheureusement, l&#8217;écriture de Savitzkaya, quand elle vise d&#8217;autres buts, est à mon sens moins convaincante que pour ces précédents passages : les jeux langagiers sur le dictionnaires peuvent sembler virtuoses mais s&#8217;avèrent quelque peu gratuits, ou leur rattachement au reste de l&#8217;ouvrage n&#8217;est pas assez clair, ce qui fait que Fou trop poli est un roman profondément attachant sur certains aspects que je trouve admirables et qui prouvent que Savitzkaya est un grand écrivain, mais qui est amoindri par d&#8217;autres aspects qui rendent la lecture irritante. Une déception admirable, donc.</p>
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